AL HAYAT - Quand les tirs au gala de la presse ravivent des théories du complot sur Trump

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Quand les tirs au gala de la presse ravivent des théories du complot sur Trump
Quand les tirs au gala de la presse ravivent des théories du complot sur Trump / Photo: Chris DELMAS - AFP

Quand les tirs au gala de la presse ravivent des théories du complot sur Trump

Une vague de fausses informations déferle sur internet depuis les tirs survenus samedi lors du gala de la presse présidentielle à Washington, alimentant des théories du complot selon lesquelles Donald Trump met en scène des tentatives d'assassinat le visant pour fédérer politiquement.

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Lundi, un homme a été inculpé de tentative d'assassinat sur le président, la troisième à viser le républicain en moins de deux ans.

Selon une analyse de l'AFP, une série de publications sur les réseaux sociaux, émanant de comptes anti-Trump ont relayé sans preuve une théorie affirmant que ces tirs n'étaient qu'une mise en scène.

D'après l'organisme de surveillance de la désinformation NewsGuard, les publications relayant cette allégation ont totalisé 80 millions de vues rien que sur la plateforme X, dans les deux jours suivant les tirs.

Nombre de ces mêmes comptes avaient déjà affirmé que deux tentatives d'assassinat contre Donald Trump en 2024 -lors d'un meeting de campagne en Pennsylvanie et sur son golf de Floride- avaient également été mises en scène.

Cette théorie trouve en grande partie son origine au sein du mouvement que les chercheurs appellent "BlueAnon", un groupe complotiste de gauche dont le nom fait référence à la mouvance d'extrême droite QAnon.

"Certaines publications virales que nous avons vues citent explicitement ces événements antérieurs comme +preuve+ que la mise en scène de tentatives d'assassinat fait partie de la stratégie de Trump -- pour susciter la sympathie et détourner l'attention d'une couverture médiatique défavorable", affirme à l'AFP Sofia Rubinson de NewsGuard.

La Maison Blanche a imputé la responsabilité de l'attaque à ce qu'elle qualifie de "culte de la haine venu de la gauche".

- "Monétisation" -

Des médias d'Etat russes ou iraniens ont également pris part à ces théories du complot, affirmant notamment que le tireur avait des liens avec l'armée israélienne, selon le centre de réflexion londonien Institute for Strategic Dialogue.

Ces dernières semaines, même des influenceurs MAGA (du slogan de Trump "Make America Great Again") ont relayé des théories selon lesquelles la tentative d'assassinat en Pennsylvanie en 2024 était une mise en scène.

Selon les chercheurs, cette tendance met en évidence la propension des Américains, quel que soit leur bord politique, à adhérer à des récits complotistes, se tournant vers des influenceurs plutôt que vers les médias traditionnels pour s'informer.

Cette allégation dépeint Donald Trump "comme un maître de la manipulation qui ferait n'importe quoi pour remporter l'élection de 2024, y compris engager quelqu'un pour lui tirer dessus", analyse auprès de l'AFP Mike Rothschild, un chercheur spécialisé dans les théories du complot.

Ce discours gagne en visibilité ces derniers mois, notamment du fait de la guerre en Iran. Le président est de plus en plus critiqué, par l'opposition démocrate comme au sein de son propre camp républicain, pour avoir lancé fin février cette guerre, qui a notamment entraîné une hausse des prix de l'énergie aux Etats-Unis.

Ce conflit a aussi mis en évidence de fortes divisions dans le mouvement MAGA, certains soutiens de longue date comme l'ancien présentateur de Fox News Tucker Carlson allant jusqu'à condamner la décision du républicain de rompre avec sa politique non interventionniste.

La désinformation peut par ailleurs prospérer facilement sur internet, les plateformes réduisant leurs équipes de modération.

Les influenceurs sont souvent incités à relayer ces théories du complot qui attirent des abonnés, afin d'augmenter leurs revenus sur certaines plateformes comme X.

"Plus l'allégation est séduisante, mieux elle se porte dans le business du commentaire politique. La ligne politique d'un parti passe désormais au second plan par rapport à la monétisation de la marque politique", explique à l'AFP Walter Scheirer de l'université Notre Dame.

"A long terme, cela risque d'affaiblir la base électorale de Trump", ajoute-t-il.

K.Sharhan--al-Hayat