Amazon accélère dans l'informatique à distance, mais la facture de l'IA s'alourdit
Amazon a vu les ventes de son informatique à distance, moteur de ses ambitions dans l'intelligence artificielle (IA), bondir de 39% au troisième trimestre, mais ses investissements, deux fois plus élevés qu'un an plus tôt, dépassent désormais l'argent généré par son activité.
Le géant américain était le dernier des trois leaders du secteur à publier ses comptes, après Microsoft et Alphabet (Google), dont le titre a perdu 12,64% jeudi.
Son action chutait de plus de 6% après la clôture de Wall Street.
Amazon a réalisé entre juillet et septembre un chiffre d'affaires de 201,9 milliards de dollars, en hausse de 12% sur un an mais légèrement inférieur aux attentes, pour un bénéfice net de 20,7 milliards (-2%).
Sa filiale Amazon Web Services (AWS), qui loue de la puissance de calcul notamment pour l'intelligence artificielle (IA), a accéléré son rythme de croissance annuelle pour le cinquième trimestre d'affilée.
Numéro un mondial de ce secteur, elle devance Azure (Microsoft) et Google Cloud, qui ont eux aussi affiché mercredi une forte croissance (+48% et +102%) sur ce segment.
"Notre investissement [...] porte ses fruits", a assuré le patron d'Amazon, Andy Jassy, qui prévoit pour AWS une croissance de plus de 40% en 2027 comme en 2028.
– La facture –
Amazon a investi 77,3 milliards de dollars en équipements au troisième trimestre, essentiellement consacré au boom de l'IA. Sur la même période et pour le même motif en grande partie, Alphabet a investi 51 milliards et Microsoft 45,2 milliards.
Sur l'année, le groupe de Seattle maintient son objectif d'investissements à environ 220 milliards.
Son flux de trésorerie disponible, ce qui lui reste une fois ces dépenses payées, est devenu négatif de 42,4 milliards de dollars sur douze mois, confirmant que l'argent généré par son activité ne suffit plus à financer ses investissements.
Dans cette course très coûteuse à l'IA, où Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft prévoient d'investir ensemble plus de 700 milliards de dollars cette année, le groupe emprunte, comme les autres : sa dette à long terme a été multipliée par 2,6 depuis fin 2025, à 173,1 milliards
Meta a fait un autre choix cette semaine, en annonçant une levée de fonds en actions pouvant atteindre 95 milliards de dollars.
Avant la publication, l'analyste Mark Mahaney (Evercore ISI) se demandait si Amazon pourrait traverser une période prolongée de trésorerie négative sans en passer par là.
La dépense touche aussi les fournisseurs : Intel, dont l'action s'était envolée cette année avant de reculer en octobre sur fond d'interrogations sur les investissements dans l'IA selon CNBC, a publié jeudi des prévisions inférieures aux attentes, invoquant le ralentissement du marché des ordinateurs personnels à cause de la hausse des prix et de la pénurie de mémoire.
– Publicité ralentie –
Comme chez Google, la publicité d'Amazon a ralenti : les recettes publicitaires d'Amazon n'ont progressé que de 11%, contre 26% le trimestre précédent, un ralentissement que le groupe attribue au calendrier de son opération promotionnelle Prime Day, avancée en juin cette année.
Avant la publication, les analystes de Bank of America avertissaient qu'une publicité faible raviverait les craintes liées aux agents d'IA acheteurs, ces assistants capables de faire les courses à la place des internautes.
Amazon a bloqué celui de Meta et poursuivi Perplexity en justice, tout en poussant le sien, Alexa for Shopping, utilisé selon lui par plus de 400 millions de clients sur un an.
Pour le trimestre des fêtes, le groupe prévoit une nouvelle accélération de sa publicité et un résultat d'exploitation de 28,5 à 33,5 milliards de dollars.
E.Jarallah--al-Hayat