AL HAYAT - Nouvelle secousse au Venezuela, où espoir et colère se mèlent dans la recherche des survivants

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Nouvelle secousse au Venezuela, où espoir et colère se mèlent dans la recherche des survivants
Nouvelle secousse au Venezuela, où espoir et colère se mèlent dans la recherche des survivants / Photo: Miguel MEDINA - POOL/AFP

Nouvelle secousse au Venezuela, où espoir et colère se mèlent dans la recherche des survivants

Une nouvelle secousse a fait trembler lundi Caracas et La Guaira, dans le nord du Venezuela, où la frustration augmente face à une mobilisation du gouvernement jugée insuffisante, cinq jours après le double séisme qui a fait au moins 1.450 morts et des dizaines de milliers de disparus.

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"Nous venons d'avoir une réplique d'intensité modérée. Nous n’avons pas de signalements de dommages supplémentaires dans aucune partie du territoire national", a affirmé via Telegram Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée, après une secousse de magnitude 4,6 dans l'Etat de La Guaira, ravagé par le séisme de mercredi.

"Ce matin, nous étions en train de nous préparer, justement, quand il y a eu une réplique (...) faisant rebondir le sol. Nous l’avons tous senti. La panique a été horrible", a affirmé Fernan Hernandez, 57 ans, devant l'immeuble de cinq étages qui a enseveli son frère, José René Hernandez également à La Guaira.

- "De l'aide!" -

"Ce que nous voulons vraiment, c’est qu’on nous aide au maximum, dans le sens, dans l’organisation pour retrouver les corps", a-t-il ajouté.

Des images de drones de l'AFPTV montrent des quartiers entiers dans lesquels aucun immeuble n'a résisté aux secousses sismiques. Les secours s'y activent avec méthode, devant les proches de disparus rivés sur les décombres dans l'espoir de retrouver les leurs vivants.

Un homme et son fils adolescent ont été sauvés dimanche près de quatre jours après le double séisme, selon des journalistes de l'AFP à Caraballeda, un ville côtière au nord de Caracas. Les sauveteurs américains et français ont descendu d'une montagne de gravats le jeune et son père, choqués et épuisés, nus sur des brancards.

Un total de 774 immeubles ont été touchés par des séismes successifs de magnitude 7,2 et 7,5. Et dès lors que les grandes catastrophes naturelles ne laissent guère plus de 72 heures pour retrouver des survivants, le pays oscille entre farouche volonté de sauver des vies supplémentaires et exaspération à l'égard d'autorités qualifiées de défaillantes.

Dimanche, le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez a fait état de 189 bâtiments entièrement effondrés et de 1.450 décès "à la suite de la plus brutale catastrophe naturelle que notre pays ait subi de toute son histoire". Les Nations unies estiment le nombre de disparus à environ 50.000.

- Passivité ? -

"Tout le monde dit qu'il ne reste plus personne, mais nous sommes toujours là à attendre. Pour voir si nous pouvons encore faire sortir quelqu'un", explique Eduardo Cardozo, un ouvrier agricole venu aider les sauveteurs d'une zone sinistrée de Tucacas, sur la côte.

"Le plus difficile, c'est quand nous sommes entrés en rampant dans les tunnels (...) et qu'en atteignant nos objectifs, nous les avons trouvés sans vie", confie Luis Salas, 27 ans, lui aussi volontaire.

A Caraballeda, où des images aériennes de l'AFPTV montre des quartiers entiers réduits en poussière, des riverains exaspérés par la passivité des militaires ont obligé dimanche un groupe de soldats à prendre pelles et pioches pour participer aux efforts.

"Un général est arrivé avec une vingtaine de militaires armés et ils sont restés collés à un mur. On devait sortir une personne qui était morte et eux, tranquilles, dans un coin...", a décrit à l'AFP Alexander Mijares, secouriste volontaire et commerçant de 26 ans. Des soldats ont ensuite commencé à dégager des débris.

"Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent. Nous avons retrouvé des personnes vivantes (...). Nous gardons toujours l'espoir", a affirmé la présidente par intérim Delcy Rodriguez, prolongeant la fermeture des écoles une semaine de plus.

À Chacao, un autre quartier de la capitale, de grands écrans publicitaires diffusaient les visages de personnes disparues dans l'espoir de les localiser.

- "Permis pour sauver des vies" -

Pendant de nombreuses heures avant l'arrivée des premiers secouristes étrangers, les Vénézuéliens ont dû fouiller les décombres à mains nues par manque d'engins de chantier et de levage.

Le gouvernement a restreint l'accès à l'État de La Guaira en imposant aux bénévoles l'obtention d'un laissez-passer. "Il faut un permis pour sauver des vies... rendez-vous compte", s'est indigné Carlos Itriago, 27 ans.

Quelques centaines de soldats de l'armée de l'air américaine sont déjà sur place pour soutenir "l'accroissement du flux essentiel du trafic aérien entrant et sortant", a indiqué le Commandement militaire des Etats-Unis pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Southcom).

Un détachement supplémentaire de quelque 130 Marines doit poser le pied au port de La Guaira (nord) pour acheminer des fournitures et des équipements par voie maritime.

Très critiquée, la présidente Delcy Rodriguez a remercié les 24 pays étrangers qui ont envoyé plus de 520 tonnes de matériel, 2.700 secouristes et 86 équipes avec des chiens. Les dommages sont évalués à près de sept milliards de dollars, soit 6% du PIB du pays, selon l'ONU.

Le drame frappe un pays en proie depuis des années à une grave crise économique et à des troubles politiques récurrents. Delcy Rodriguez a été choisie pour assurer l'intérim après la capture du président Nicolas Maduro dans une opération militaire américaine en janvier.

K.Sharhan--al-Hayat