Séisme au Venezuela: l'Amérique de Trump en "sauveur", nouveau bilan de 1.719 morts
Les Etats-Unis poursuivent lundi leur mobilisation pour "sauver" le Venezuela et y accroître une aide internationale "vitale" afin de retrouver d'ultimes miraculés, cinq jours après le double séisme qui a fait au moins 1.719 morts et des dizaines de milliers de disparus dans le nord du pays.
Près de 130 Marines ont été déployés pour aider aux réparations du port de La Guaira, près de la capitale Caracas, où "ils travaillent jour et nuit pour (...) permettre l'acheminement par voie maritime de fournitures vitales", a annoncé un responsable américain lundi.
Symbole fort, l'USS Fort Lauderdale, un navire amphibie de transport de troupes et de matériel, est actuellement ancré dans les eaux de cette cité balnéaire, ravagée et la plus touchée par le tremblement de terre, et dont la plupart des résidences à piscine, effondrées comme des chateaux de carte, offrent désormais un spectacle de désolation.
Le bilan provisoire est passé lundi de 1.450 à 1.719 morts, selon le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, qui a fait état de 5.034 personnes blessées. Les Nations unies estiment à environ 50.000 le nombre de disparus.
- 10.000 sacs mortuaires -
L'ONU, qui anticipe un très lourd bilan, va fournir 10.000 sacs mortuaires, sur la base d'une estimation de 2.500 structures touchées, "dont la plupart totalement effondrées"
"C'est ce que nous avons décidé avec les autorités. C'est très triste, et nous espérons vraiment que le chiffre sera moins important que ça", a confié le coordinateur de l'ONU dans le pays, Gianluca Rampolla Del Tindaro.
Selon les chiffres de ce responsable, 27 pays ont mobilisé plus de 40 équipes de secours, soit "plus de 2.000 secouristes et personnels sur le terrain, avec plus de 160 chiens".
Ces équipes internationales ont réussi à sauver 7 personnes des décombres dimanche.
A la façon du président salvadorien Nayib Bukele, très en pointe sur les réseaux sociaux, chaque contingent prend soin de publier sur internet d'émouvantes et spectaculaires vidéos de ses secouristes tirant des décombres ces blessés hagards, en larmes et traumatisés.
A La Guaira, mais aussi à Caracas, notamment à l'aéroport Simon Bolivar, l'armée américaine, son Southcom (commandement pour l'Amérique latine et les Caraïbes) à la manoeuvre, se déploie avec toute la force de sa logistique, au gré des atterrissages de ses avions de transport, autres "ailes fixes" et aéronefs à voilure tournante (hélicos).
Plus tôt lundi, les Etats-Unis ont annoncé doubler leur aide au Venezuela, avec désormais un total de 300 millions de dollars dirigés vers ONGs et agences onusiennes pour fournir "soins médicaux d'urgence, aide alimentaire, de l'eau et des services d'assainissement, des abris, des protections ainsi qu'un soutien logistique".
Plusieurs centaines de soldats américains sont actuellement déployés au Venezuela. Washington et Caracas se sont rapprochés depuis la capture en janvier par les Etats-Unis du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et l'administration Trump appuie fortement la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
En mars, les deux pays ont repris leurs relations diplomatiques, rompues en 2019, et le président Donald Trump a assoupli graduellement les sanctions contre ce pays, qui a fait adopter de nouvelles lois sur les hydrocarbures et le secteur minier, ouvrant ces secteurs au privé dans un pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde.
- Plus de 609 répliques -
Lundi matin, une nouvelle secousse d'une magnitude de 4,6 a fait trembler Caracas et La Guaira, où la frustration augmente face à une mobilisation gouvernementale jugée insuffisante.
"Nous venons d'avoir une réplique d'intensité modérée. Nous n’avons pas de signalements de dommages supplémentaires dans aucune partie du territoire national", a affirmé via M. Jorge Rodriguez, comptabilisant "609 répliques" depuis la tragédie du 24 juin.
La secousse a été fortement ressentie par la population. "Nous l’avons tous senti. La panique a été horrible", a commenté à l'AFP affirmé Fernan Hernandez, 57 ans, devant l'immeuble de cinq étages qui a enseveli son frère, José René Hernandez également à La Guaira.
Dès lors que les grandes catastrophes naturelles ne laissent guère plus de 72 heures pour retrouver des survivants, le pays oscille entre farouche volonté de sauver des vies supplémentaires et exaspération à l'égard d'autorités qualifiées de défaillantes ou des militaires trop passifs.
"Tout le monde dit qu'il ne reste plus personne, mais nous sommes toujours là à attendre. Pour voir si nous pouvons encore faire sortir quelqu'un", explique Eduardo Cardozo, un ouvrier agricole venu aider les sauveteurs d'une zone sinistrée de Tucacas, sur la côte.
"Nous avons retrouvé des personnes vivantes (...). Nous gardons toujours l'espoir", a affirmé dimanche la présidente par intérim Delcy Rodriguez, cible de très vives critiques pour la passivité des autorités aux premiers jours de la tragédie.
Pendant de nombreuses heures avant l'arrivée des premiers secouristes étrangers, les Vénézuéliens ont dû fouiller les décombres à mains nues par manque d'engins de chantier et de levage.
Le gouvernement a restreint l'accès à l'État de La Guaira en imposant aux bénévoles l'obtention d'un laissez-passer. "Il faut un permis pour sauver des vies... rendez-vous compte", s'est indigné Carlos Itriago, 27 ans.
Les dommages sont évalués à près de sept milliards de dollars, soit 6% du PIB du pays, selon l'ONU.
Le drame frappe un pays en proie depuis des années à une grave crise économique et à des troubles politiques récurrents.
P.Najdi--al-Hayat