AL HAYAT - Colombie: l'"éléphant blanc" de la lutte anticorruption fait son entrée au Sénat

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Colombie: l'"éléphant blanc" de la lutte anticorruption fait son entrée au Sénat
Colombie: l'"éléphant blanc" de la lutte anticorruption fait son entrée au Sénat / Photo: ESTEBAN VEGA LA-ROTTA - AFP

Colombie: l'"éléphant blanc" de la lutte anticorruption fait son entrée au Sénat

Luis Carlos Rúa, militant anticorruption colombien, n'est pas passé inaperçu lundi en prêtant serment comme sénateur vêtu d'un costume d'éléphant blanc, une tenue devenue son emblème sur les réseaux sociaux et avec laquelle il a mené sa campagne numérique victorieuse au printemps dernier.

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Agé de 34 ans, le nouveau sénateur a un parcours singulier : il a étudié le génie électrique, travaillé auprès de responsables politiques avant de devenir lanceur d'alerte, puis s'est imposé comme militant anticorruption en utilisant les réseaux sociaux pour dénoncer des irrégularités dans l'utilisation des fonds publics.

Jusqu'à récemment, ce costume d'éléphant blanc lui servait à préserver son anonymat dans un pays où le militantisme est "une activité à haut risque", explique-t-il à l'AFP.

En Amérique latine, l'expression "éléphant blanc" désigne familièrement des infrastructures coûteuses, souvent inachevées, généralement financées par des fonds publics.

Luis Carlos Rúa avait annoncé sa candidature au Sénat sur les réseaux sociaux, où il compte un demi-million d'abonnés. Trois jours avant les élections législatives de mars, il avait retiré son masque pour la première fois.

Il a été élu avec plus de 120.000 voix grâce à une campagne menée exclusivement sur internet, sans meetings ni affiches.

Après ses études d'ingénieur, il a commencé très jeune à travailler comme responsable de la communication du maire de sa ville natale, Pereira, dans le nord-ouest de la Colombie.

En 2019, il avait dénoncé publiquement l'administration municipale, pour laquelle il travaillait, l'accusant de faire pression sur des employés afin de soutenir un candidat aux élections locales.

Pour étayer ses accusations sur les pressions exercées sur les fonctionnaires, il avait enregistré puis transmis aux médias l'audio d'une conversation téléphonique.

Sur les réseaux sociaux, il avait adopté l'identité d'un "petit éléphant qui dansait sur des chantiers inachevés".

Il a parcouru le pays en voiture pour dénoncer des infrastructures inutilisables et des marchés publics entachés d'irrégularités.

"J'ai ressenti une responsabilité", explique le jeune élu, qui a fini par transformer ce qui n'était au départ qu'un passe-temps en un véritable projet de vie, financé grâce aux contributions de ses abonnés.

Mais, avec le temps, les coûts continuaient d'augmenter tandis que les revenus ne suffisaient plus.

Se présenter au Sénat, une idée suggérée par ses abonnés, devait lui permettre de poursuivre ses actions de dénonciation tout en bénéficiant de la protection liée à son statut de parlementaire.

"Je me suis mis à faire des vidéos, à raconter les avancées. C'était une campagne différente", raconte-t-il. Cette stratégie lui a permis de remporter un siège de sénateur indépendant, avec le soutien d'un petit parti politique.

Q.Otaibi--al-Hayat