Après un "désastre" électoral, le chancelier allemand joue sa survie
Le chancelier Friedrich Merz était sous pression lundi pour se relancer, après d'humiliantes défaites électorales régionales face à la gauche radicale et l'extrême droite, cette dernière prédisant même son départ avant la fin de l'année.
Dans le nord-est du pays, au Mecklembourg-Poméranie occidentale, son parti conservateur, la CDU, est éliminé de l'assemblée, faute d'atteindre le score éliminatoire de 5%, une première pour un Etat régional dans l'histoire du pays depuis 1945.
Le parti antimigrants et prorusse Alternative pour l'Allemagne (AfD) y est arrivé en tête avec environ 38% des voix, même si c'est une alliance de la gauche qui semble en meilleure position pour former l'exécutif régional.
A Berlin, la gauche radicale Die Linke (25%) devance la CDU (20%) et est en position de lui ravir la mairie. L'AfD est aussi en forte progression (environ 15%).
Ces deux défaites s'ajoutent à celle du 6 septembre face à l'AfD dans une autre région de l'Est, la Saxe-Anhalt, qui avait déjà déclenché une vague de spéculations sur un départ prématuré du chancelier.
Lors d'une conférence de presse à Berlin, le patron de l'AfD au Mecklembourg-Poméranie Occidentale, Leif-Erik Holm, a prédit en conséquence que M. Merz "ne tiendra certainement pas jusqu'à la fin de l'année".
"Le crépuscule du chancelier a commencé", a-t-il dit.
M. Merz, 70 ans, n'est au pouvoir que depuis 16 mois mais son impopularité flirte avec les 90%, un record.
- L'AfD "remplace" la CDU -
Alice Weidel, co-dirigeante de l'AfD, a jugé que son parti avait déjà "remplacé" la CDU en tant que "grand parti populaire".
Quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote dimanche, Merz avait voulu mettre fin au débat sur son avenir politique en soulignant devant les caméras qu'il restait "président de la CDU" et "chancelier". Une intervention exceptionnelle pour des élections régionales. Il avait néanmoins reconnu "un désastre" électoral.
M. Merz a aussi promis de maintenir le cap de ses réformes pour relancer une économie en pleine stagnation, en raison d'un manque d'innovation, de la concurrence chinoise, de dépenses sociales croissantes et de la hausse des prix de l'énergie à cause des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Mais la finalisation de ces réformes traîne du fait notamment de disputes avec son partenaire au gouvernement, le parti social-démocrate (SPD), et de désaccords au sein du parti conservateur.
A cela s'ajoutent des sorties jugées désobligeantes à l'égard de couches entières de la société, comme lorsqu'il reprochait aux Allemands de rechercher l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle.
"Merz aura du mal à se maintenir à son poste, car les mauvais résultats électoraux de la CDU sont étroitement liés au travail très critiqué du gouvernement fédéral et du chancelier. Toutefois, un nouveau chancelier sera confronté aux mêmes problèmes", a déclaré à l'AFP Marc Debus, politiste de l'Université de Mannheim.
Il juge aussi que le chancelier devra toujours composer à la fois avec des sociaux-démocrates, convaincus de devoir mener une politique plus sociale, et des conservateurs qui veulent au contraire trancher dans les dépenses.
- Difficile pour Merz -
"Il sera donc encore plus difficile pour le chancelier Merz de faire adopter au sein de la coalition gouvernementale les réformes qu'il a de nouveau annoncées hier soir, ce qui pourrait déstabiliser encore davantage sa position", conclut l'expert.
Le chef du gouvernement allemand a lui jugé dimanche soir que ses réformes "sont l'antidote contre le poison de l'autoritarisme", référence à l'AfD, accusé de collusion avec les milieux néonazis.
M. Merz met régulièrement en avant les succès de son durcissement de la politique migratoire allemande, mais jusqu'ici, les électeurs partis à l'AfD ne sont pas retournés vers la CDU.
Et le parti d'extrême droite jubile, lui qui désormais caracole aussi en tête des sondages nationaux, flirtant avec les 30%, une dizaine de points devant la CDU.
Du côté des sociaux-démocrates, impopulaires aussi, des réflexions sont en cours quant aux conclusions à tirer pour le travail du gouvernement.
"Je trouve que nous devons regarder ces résultats avec humilité et nous interroger sur ce que nous pouvons faire autrement et mieux", a dit son ministre des Finances et dirigeant social-démocrate, Lars Klingbeil.
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K.al-Muhaysini--al-Hayat