Les conservateurs britanniques résistent, malgré la concurrence sur leur droite
Les conservateurs britanniques, réunis en congrès à Birmingham, vont chercher à amplifier un léger mieux dans les sondages à la faveur des difficultés de leur rival à droite, le parti nationaliste Reform UK, même si un retour au pouvoir est une hypothèse lointaine.
Il y a un an, les observateurs politiques s'interrogeaient ouvertement sur l'avenir de la formation bicentenaire, celle de Winston Churchill et de Margaret Thatcher, qui traverse un long chemin de croix depuis sa défaite historique de 2024.
Mais la récente perte de vitesse du parti anti-immigration Reform UK dans les sondages offre un certain répit aux "Tories" de Kemi Badenoch au moment d'aborder leur congrès, qui s'est ouvert dimanche et entre dans le vif du sujet lundi.
"Les annonces de la mort du Parti conservateur semblent désormais prématurées", juge auprès de l'AFP Tim Bale, politologue à l'université Queen Mary de Londres.
"Lorsque nous remporterons les prochaines élections, et nous les remporterons, nous devrons être opérationnels dès le premier jour", a déclaré Kemi Badenoch dimanche à l'ouverture du congrès. "Quand j'ai dit que j'allais renouveler le Parti conservateur, je le pensais vraiment", a-t-elle ajouté.
Les conservateurs ont gouverné le Royaume-Uni pendant 18 ans d'affilée entre 1979 et 1997, puis durant 14 ans de 2010 à 2024.
Mais lors des législatives de juillet 2024, remportées par le Labour alors dirigé par Keir Starmer, ils ont perdu plus de deux tiers de leurs députés. La descente aux enfers s'est poursuivie en 2025, avec la percée dans les sondages du parti anti-immigration de Nigel Farage, Reform UK, qui a profité de défections dans les rangs conservateurs.
Mais l'ouverture d'une enquête policière sur le financement de Reform et une procédure parlementaire visant Nigel Farage à propos d'un don non déclaré de 5 millions de livres (5,8 millions d'euros) ont freiné la dynamique du parti, qui nie tout agissement illégal.
Reform subit en outre la concurrence du parti d'extrême droite Restore Britain de Rupert Lowe, soutenu par le milliardaire américain Elon Musk.
- Alliance avec Reform ? -
Selon une étude YouGov menée auprès de 17.000 Britanniques fin septembre, si des élections avaient lieu aujourd'hui, les conservateurs arriveraient deuxièmes avec 130 sièges -contre 118 aujourd'hui-, derrière un Labour revigoré et désormais dirigé par le Premier ministre Andy Burnham.
Reform obtiendrait 123 sièges, une nette progression par rapport à ses huit élus actuels, mais devrait se contenter de la troisième place.
"C'est un léger mieux" pour les conservateurs, décrypte auprès de l'AFP David Jeffery, politologue à l'université de Liverpool, tout en rappelant qu'ils restent "environ quatre points" sous le score réalisé lors de l'élection de 2024, pourtant déjà le plus bas de leur histoire.
Pour cet enseignant, le parti reste inaudible.
Tim Bale estime qu'"il est trop tôt pour parler de +Keminaissance+" (jeu de mots avec le prénom de Kemi Badenoch, la cheffe du parti, et renaissance), "même si les conservateurs et leurs alliés dans les médias sont désireux de créer un certain élan".
Dans les urnes, le sursaut conservateur ne s'est pas encore concrétisé : lors d'une élection partielle à Makerfield, en juin, qui a vu le retour d'Andy Burnham au Parlement, le candidat des Tories est arrivé à la quatrième place avec seulement 2% des voix.
Même chose lors des élections locales de mai, scrutin dominé par Reform, où ils sont aussi arrivés à la 4e place. Ils ont toutefois remporté une élection partielle en Écosse.
Dans ce contexte, les conservateurs devront-ils s'allier avec Reform ?
Jusqu'ici, Kemi Badenoch, 46 ans, a exclu tout pacte électoral avec ce parti, dont les positions sont plus radicales sur l'immigration notamment, et qui compte dans ses rangs les anciens ministres conservateurs Robert Jenrick et Suella Braverman.
Un accord post-électoral reste possible "s'ils disposent des voix pour former un gouvernement minoritaire ou de coalition", souligne Tim Bale.
Un regain conservateur au détriment de Reform UK fait en tout cas les affaires des travaillistes, estime le politologue : "Cela divise le vote de droite dans une multitude de circonscriptions, ce qui permet au Labour de conserver ses sièges".
Bonne nouvelle pour Mme Badenoch : son franc-parler semble faire mouche auprès de sa base. "Pour la première fois depuis longtemps, la cheffe des conservateurs semble en sécurité", et pourrait être celle qui emmène son parti aux prochaines élections, note David Jeffery.
S.Sadoun--al-Hayat