AL HAYAT - Les polluants éternels au cœur d'une bataille acharnée des lobbies à Bruxelles

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Les polluants éternels au cœur d'une bataille acharnée des lobbies à Bruxelles
Les polluants éternels au cœur d'une bataille acharnée des lobbies à Bruxelles / Photo: Nicolas TUCAT - AFP/Archives

Les polluants éternels au cœur d'une bataille acharnée des lobbies à Bruxelles

L'Union européenne va-t-elle proposer une large interdiction des "polluants éternels" ? La bataille autour des substances chimiques PFAS fait rage à Bruxelles, où les industriels tentent d'obtenir un maximum d'exemptions avant une proposition de loi début 2027.

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"C'est mon plus gros dossier depuis cinq ans", souligne le lobbyiste Simon Terwagne, qui avec le cabinet Forward Global, défend les intérêts d'industriels de la chimie. "Réduire l'exposition aux PFAS a du sens, mais il faut le faire de manière raisonnée et proportionnée", soutient-il.

Cosmétiques, ustensiles de cuisine ou emballages... Les PFAS sont omniprésents dans notre quotidien, utilisés par l'industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur.

Très persistantes dans l'environnement, ces substances chimiques per- et polyfluoroalkylées peuvent avoir des effets délétères sur la santé : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus.

La Commission européenne promet de les interdire dans les produits de consommation courante, comme les vêtements ou les boîtes à pizzas, avec des dérogations pour des secteurs jugés stratégiques, dans la défense et la médecine notamment.

Cette proposition de restrictions est "sans précédent par son ampleur et son ambition", assure Bruxelles. Les PFAS représentent "plus de 10.000 substances individuelles (...) dans de nombreux secteurs", de l'aéronautique en passant par les composants de batteries de voiture ou de panneaux solaires.

"Cette complexité exceptionnelle a entraîné une forte mobilisation des parties prenantes", reconnaît la Commission européenne.

Avant de dégainer sa proposition de loi, l'exécutif attend encore un dernier rapport de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), d'ici décembre.

Dans un premier avis scientifique en mars, cette agence avait souligné le caractère "nocif" des PFAS et leurs "risques croissants", plaidant pour une "large restriction" avec des "dérogations ciblées" quand il n'y a pas d'alternative.

- Discussions difficiles -

Les industriels font des pieds et des mains pour que les exemptions se multiplient.

"L'industrie a été assez habile en commençant son lobbying avant même que l'ECHA ne rende son avis. Elle a cherché à imposer par avance son récit, voire certaines contre-vérités comme l'absence d'alternatives" aux PFAS, dénonce Tatiana Santos, du Bureau européen de l'environnement, une ONG basée à Bruxelles.

Dès mars, le lobby de l'industrie pharmaceutique européenne (EFPIA) avait promis des délocalisations si les médicaments ne bénéficiaient pas de "dérogations claires et durables" pour les PFAS, "essentiels aux processus de fabrication".

Spectaris, le lobby allemand des industries de l'optique, de la photonique et des technologies médicales, est aussi l'un des grands opposants à une restriction généralisée des PFAS au niveau européen. Il défend notamment les fluoropolymères, au coeur de la bataille en cours.

En charge du dossier, la commissaire européenne à l'environnement, Jessika Roswall, avait reconnu des "discussions difficiles" pour les produits qui ne sont pas destinés directement aux consommateurs.

"C'est une évaluation des risques, il y a tout un éventail de mesures entre le laisser-faire et l'interdiction, il y a une énorme marge de manœuvre", plaide le lobbyiste Simon Terwagne.

Du côté des organisations environnementales, on redoute que le futur texte fasse les frais du virage pro-business de l'Union européenne depuis deux ans. En difficulté économique face à la Chine et aux Etats-Unis, l'Europe ne veut pas fragiliser des secteurs déjà en souffrance.

Ces derniers mois, la Commission européenne a mis en place une alliance européenne des substances chimiques critiques, qui s'apprête à dévoiler jeudi des molécules qu'elle juge indispensables pour l'économie européenne, en quête de souveraineté industrielle.

Le Bureau européen de l'environnement en a claqué la porte, craignant un affaiblissement de l'encadrement des produits chimiques ou de la future loi PFAS.

En attendant le texte, les ONG multiplient les campagnes auprès de l'opinion publique, notamment dans des pays comme la Belgique ou la France, où des contaminations dans l'eau et les sols aux polluants éternels ont eu un fort retentissement.

Mais les organisations environnementales déplorent régulièrement leur manque de moyens : le Bureau européen de l'environnement dispose d'un budget de 8,7 millions d'euros contre 47,3 millions pour le Cefic, le lobby européen de la chimie.

L.al-Mutairi--al-Hayat