AL HAYAT - "Trump nous a trahis" : en Arizona, le ressentiment des électeurs latinos

Riyadh -

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"Trump nous a trahis" : en Arizona, le ressentiment des électeurs latinos
"Trump nous a trahis" : en Arizona, le ressentiment des électeurs latinos / Photo: Olivier Touron - AFP

"Trump nous a trahis" : en Arizona, le ressentiment des électeurs latinos

Il y a deux ans, Fernando Nuñez a fait du porte-à-porte par plus de 40°C en Arizona pour aider Donald Trump à reconquérir la Maison Blanche. Mais pour les élections de mi-mandat, ce jeune latino ne votera pas pour les candidats soutenus par le président.

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"Trump nous a trahis, il a fait un virage à 180 degrés", s'indigne cet Américain de 22 ans, issu d'une famille mexicaine.

Les promesses du milliardaire républicain l'attiraient : faire baisser les prix, en finir avec les guerres à l'international, et publier l'intégralité du dossier Epstein.

Alors, il enrage face au manque de transparence du gouvernement concernant le délinquant sexuel et à la guerre menée contre l'Iran, qui renchérit les prix à la pompe et alimente plus largement l'inflation, bloquée au-delà de 3%.

"L'essence, l'assurance, la nourriture : tout a augmenté et c'est plus cher que jamais", râle ce commercial dans la téléphonie, qui gagne 1.600 dollars par mois. "On n'est pas censés être en guerre avec l'Iran. On est seulement dans cette guerre à cause d'Israël."

Le 3 novembre, ce conservateur désabusé votera pour des candidats indépendants, ni républicains, ni démocrates.

Le comté de Yuma, où il habite, illustre bien le virage à droite de la communauté latino qui a permis la victoire de Donald Trump en 2024. Dans ce coin du sud-ouest où le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique bouche l'horizon, le républicain l'avait emporté avec 20 points d'avance.

- "Réveil violent" -

À Somerton, village agricole quasiment entièrement latino et habituellement acquis aux démocrates, environ 40% des habitants avaient voté pour Donald Trump.

Le maire Gerardo Anaya l'explique par le mécontentement de ses administrés face à l'inflation galopante sous Joe Biden et à l'afflux quotidien de milliers de migrants à la frontière voisine.

"C'était donc davantage un vote sanction", résume l'édile de gauche. Ceux qui ont choisi Donald Trump subissent désormais un "réveil brutal", avance-t-il.

Dans cette bourgade entourée de champs de salades, le parking de l'unique supermarché bruisse de plaintes.

Les habitants rencontrés par l'AFP sont scandalisés par le prix de la "carne asada" (viande grillée, ndlr) ou celui du gasoil, qui renchérit l'un des rares loisirs du coin: rouler en buggy dans le désert.

L'aura d'homme d'affaires de Donald Trump ne convainc plus. "Je pensais qu'il allait tout arranger, mais maintenant je ne veux plus rien avoir à faire avec lui", confie un jardinier, sous couvert d'anonymat.

- "Raciste" -

Le nombre de migrants à la frontière a drastiquement chuté. Mais cet homme d'origine mexicaine ne digère pas les descentes musclées aux quatre coins des États-Unis qui aboutissent à l'expulsion de nombreux immigrés sans casier judiciaire.

"Trump avait dit qu'il s'attaquerait aux criminels. Ce n'est pas ce qui s'est passé", dénonce-t-il. "C'est un raciste, un point c'est tout."

Cette désillusion de l'électorat latino est largement partagée, selon les sondages nationaux. Les démocrates espèrent capitaliser dessus pour reprendre le Congrès le 3 novembre.

Mais à Somerton, les déçus du trumpisme ne se rabattent pas forcément vers la gauche : le jardinier en colère compte s'abstenir.

Dans son salon de coiffure, Jaime Sanchez est lui encore indécis. Ce barbier de 52 ans avait choisi Donald Trump par opposition à l'avortement et attachement aux "valeurs familiales".

Mais il s'avoue perplexe face à sa politique migratoire, qui expulse des parents sans histoire, avec le risque de les séparer de leurs enfants Américains.

"Dans une famille qui n'est pas unie, il y a plus de dangers : plus de gangs, plus de drogues, parce qu'il n'y a pas de figure de référence pour les guider", s'inquiète-t-il.

"Je vois beaucoup de mécontentement", témoigne José Manuel Castro, pasteur évangélique de la ville voisine de San Luis.

Cet électeur conservateur de 75 ans s'attend à un vote sanction de ses ouailles.

Mais à long terme, il estime que la bascule des latinos vers les républicains ne fait que commencer, car beaucoup sont mal à l'aise avec une gauche américaine qui défend l'avortement et les droits des personnes transgenres.

"Le parti démocrate promeut ce qui va contre les principes de la parole de Dieu", juge-t-il.

N.Khamees--al-Hayat