Mondial-2026: toujours plus bas, la chute de l'Italie et du calcio
Sur le toit de l'Europe en 2021, mais loin de l'Amérique cinq ans plus tard: privée mardi de Coupe du monde comme en 2018 et 2022, l'Italie, en manque de talents et en proie à l'immobilisme de ses dirigeants, a perdu sa place dans le gotha mondial.
. "Une crise profonde et générale"
Le constat est sans appel: il faudra attendre au mieux 2030, soit 16 ans après sa dernière participation, pour voir la Nazionale prendre part à un Mondial.
Pire, l'Italie, quadruple championne du monde et double championne d'Europe, est la première des huit sélections à avoir au moins une couronne mondiale à son palmarès, à manquer trois éditions consécutives du tournoi planétaire.
Et tout un pays, fou de football, ne s'en remet pas après l'échec aux tirs au but contre la Bosnie-Herzégovine (1-1 après prolongation, 4 tab à 1).
"Je n'ai pas vu de Coupe du monde depuis que j'ai 11 ans. Ça fait douze ans maintenant. C'est tellement amer et décevant, surtout de perdre contre une équipe comme celle-là", fulminait Cristian Gobbi, un employé de bureau après avoir suivi dans un café de Milan ce que la Gazzetta dello Sport, le quotidien sportif de référence, a présenté comme "la troisième apocalypse" du football italien.
"Nous vivons une crise profonde, une crise générale qui nécessite une réflexion globale qui ne revient pas seulement à la Fédération, mais aussi au monde de la politique italienne", a estimé le président de la Fédération italienne, Gabriele Gravina.
. 33% d'Italiens en Serie A
Depuis qu'elle a conquis son quatrième titre mondial, en 2006, l'Italie, 12e au classement mondial, est en chute libre.
Elle a certes disputé la finale de l'Euro-2012 et remporté, à la surprise générale, l'Euro-2021, mais elle a surtout déçu ses tifosi.
Les Azzurri ont été éliminés dès la phase de groupes du Mondial en 2010 et 2014, ont échoué en 8e de finale du dernier Euro et ont chuté au classement Fifa jusqu'à la 21e place (en août 2018).
Et cela ne se limite plus à la sélection: les clubs italiens ont vécu cette saison une débandade en Ligue des champions. Le champion en titre Naples n'a pas dépassé la phase de poules, l'Inter, finaliste de la C1 en 2023 et 2025, a chuté en barrages d'accession aux 8e de finale, et le dernier représentant de la Serie A, l'Atalanta, a été humilié par le Bayern Munich en 8e de finale.
"C'est un fait qu'en cette période, en club comme en sélection, nous avons du mal à atteindre nos objectifs", a reconnu le sélectionneur italien Gennaro Gattuso qui reste toutefois sans explications claires.
Gabriele Gravina dénonce lui régulièrement les choix des vingt clubs de Serie A (dont la moitié est contrôlée par des propriétaires étrangers) qui préfèrent recruter des joueurs étrangers.
Seulement 33% des joueurs évoluant dans le Championnat d'Italie cette saison sont potentiellement sélectionnables pour la Nazionale.
. L'immobilisme de la Fédération
Pour Gabriele Gravina, le football italien n'a pas pris en compte les changements dans le football moderne.
"Ce n'est plus le football technique dans lequel nous étions les maîtres (...) la vitesse et surtout le physique ont pris le dessus", a constaté le patron du football italien.
Ce retard à l'allumage, la FIGC en est partiellement responsable.
Il a fallu attendre 2025 pour qu'elle se dote d'un directeur technique, l'ancien sélectionneur Cesare Prandelli (2010-14) qui a aussitôt pointé du doigt les lacunes et lourdeurs de la formation italienne ("S'il y a dix ans, on avait eu la chance d'avoir un talent comme Lamine Yamal, on l'aurait fait fuir") pour expliquer le manque cruel de nouvelles pépites à disposition de la Nazionale.
En poste depuis 2018, Gravina, sous le feu des critiques, sera-t-il encore aux commandes de la FIGC pour relancer le calcio ? Son avenir, et peut-être celui de Gattuso, sera décidé la semaine prochaine lors d'un conseil fédéral.
"Le foot italien doit être réformé et ce processus doit commencer par un renouveau au sein de la direction de la FIGC", a prévenu mercredi le ministre des Sports Andrea Abodi.
P.Hassan--al-Hayat