Tour de France: Pogacar-Vingegaard, rivalité exclusive
Paul Seixas rêve d'y mettre fin, mais depuis cinq ans le Tour de France tourne autour de la rivalité exclusive entre Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard qui, forts de leur début de saison canon, comptent poursuivre leur duopole à partir de samedi.
Gino Bartali contre Fausto Coppi, Luis Ocana qui défie Eddy Merckx, Raymond Poulidor versus Jacques Anquetil, Greg LeMond face à Laurent Fignon, Andy Schleck opposé à Alberto Contador: l'histoire de la Grande Boucle regorge de rivalités qui font le sel de l'épreuve. Et il y en a une aujourd'hui qui dépasse toutes les autres avec deux coureurs qui annexent les deux premières places depuis cinq ans, fait unique dans l'histoire de la course.
En 2021, Pogacar a décroché son deuxième Tour de France devant Jonas Vingegaard. Le Danois allait remporter les deux éditions suivantes en devançant le Slovène. Qui a pris sa revanche en 2024 et 2025 avec Vingegaard comme dauphin et un troisième relégué à plus de neuf minutes à chaque fois.
Cette année encore, les deux extraterrestres font figure de grands favoris, d'autant que, pour la première fois depuis 2022, ils abordent le Tour en pleine possession de leurs moyens tous les deux.
En 2023, Pogacar avait vu sa préparation tronquée après une fracture du poignet sur Liège-Bastogne-Liège fin avril. L'année suivante, c'est Vingegaard qui manquait de foncier après un violent crash sur le Tour du Pays basque et en 2025 le Danois avait été victime d'une commotion cérébrale durant Paris-Nice.
"Cela fait trois ans que j'ai gagné le Tour pour la dernière fois et depuis j'ai connu beaucoup de coups d'arrêt. Il m'a fallu du temps pour revenir moi-même et je pense y être enfin arrivé. En fait, je me sens même plus fort qu'avant", explique le Danois.
- Doublé Giro-Tour -
De fait, le leader de Visma-Lease a bike réalise la première moitié de saison la plus prolifique de sa carrière avec douze victoires. Il a d'abord survolé Paris-Nice et le Tour de Catalogne, avec à chaque fois deux victoires d'étape, avant d'écraser le Giro en décrochant cinq étapes au passage pour devenir le huitième coureur de l'histoire à gagner les trois grands Tours.
Et cela sans puiser dans ses réserves pour viser, comme Pogacar en 2024, le doublé Giro-Tour.
"J'ai une grande confiance en moi et elle retentit sur toute l'équipe. Tout le monde adhère à notre plan et est persuadé qu'on peut gagner le Tour de France à nouveau", insiste-t-il.
Le grimpeur australien Michael Storer, aux premières loges de la domination du Danois au Tour d'Italie, y croit: "le Giro a été relativement facile pour lui et à mon avis, il sera même encore plus fort au Tour. Moi, je miserais sur Vingegaard plutôt que sur Pogacar cette année."
Le pari reste osé toutefois car Pogacar n'a même jamais paru aussi costaud.
Après une campagne de classiques quasi parfaite (victoires aux Strade Bianche, Milan-Sanremo, Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège et une deuxième place à Paris-Roubaix), il a enchaîné sur deux promenades helvètes en écrabouillant les Tours de Romandie et de Suisse pour un ratio vertigineux de treize victoires en seize jours de course cette année.
- Pogacar "plus fort" que jamais -
Il en tire "beaucoup de confiance" pour le Tour et pense être "plus fort" encore que l'année dernière.
La concurrence a une nouvelle fois constaté les dégâts à l'image du Néerlandais Mike Teunissen qui estime que "Pogacar pourrait remporter dix étapes sur le Tour s'il le voulait".
Pour l'instant, Pogi en compte 21 à son palmarès, sixième meilleur total de tous les temps à 14 longueurs du record de Mark Cavendish qui n'arrête pas de lui demander, sur le ton de la plaisanterie mais légèrement inquiet quand même, de se calmer.
Surtout, Pogacar est, à l'aube du grand départ à Barcelone, en position d'égaler le record de cinq victoires dans le Tour de France et de rejoindre ainsi Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain au panthéon. A seulement 27 ans.
Pour cela, il faudra sans doute une nouvelle fois passer sur le corps de Vingegaard, un coureur qu'il ne rencontre quasiment jamais en course mais qui, jusqu'à preuve du contraire, reste son rival exclusif en juillet.
M.Ajlan--al-Hayat