Genèse d'OpenAI: Musk et Altman présents à l'ouverture du procès
Elon Musk et Sam Altman ont pris place mardi à quelques mètres l'un de l'autre pour l'ouverture en Californie du procès dans lequel le patron de SpaceX accuse celui d'OpenAI d'avoir trahi la vocation non lucrative de la start-up d'intelligence artificielle (IA).
D'emblée, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a réprimandé l'homme le plus riche du monde et le puissant leader de l'IA générative pour leurs échanges acrimonieux sur X, l'ex-Twitter devenu la propriété de Musk.
Après leur avoir fait promettre de ne plus commenter le procès sur les réseaux sociaux, la magistrate fédérale a donné la parole à l'avocat d'Elon Musk pour son propos introductif.
"Nous sommes ici aujourd'hui parce que les défendeurs ont volé une organisation caritative", a déclaré Steven Molo, premier à s'exprimer avant les conseils d'OpenAI et Microsoft.
Elon Musk "est une légende, que vous l'aimiez ou non", a-t-il déclaré aux neuf jurés.
Leur sélection lundi a montré les importantes réserves de citoyens américains au sujet du quinquagénaire, admiré comme entrepreneur mais critiqué pour son virage très politisé et son passage dans l'administration Trump.
Après la sélection du jury, seulement chargé de donner un avis consultatif à la juge qui tranchera seule, le procès, dans une cour fédérale d'Oakland, entre donc dans le vif du sujet.
Si le temps d'audience le permet, Elon Musk pourrait témoigner dès la fin de matinée, précédant d'autres auditions très attendues de Sam Altman et de Satya Nadella, le PDG de Microsoft.
Derrière l'affrontement entre ces personnalités devenues incontournables dans l'industrie de la tech, cette affaire remet sur le devant de la scène une question fondamentale: qui doit contrôler l'intelligence artificielle, et au profit de qui ?
Mais la rupture est consommée à l'hiver 2017-2018, et la fondation OpenAI crée sa filiale commerciale en 2019. Microsoft commence à y investir et porte sa participation à 13 milliards de dollars (valorisée à environ 135 milliards désormais).
Dix ans plus tard, OpenAI est devenu un colosse commercial, valorisé à 852 milliards de dollars et sur la voie d'une entrée en bourse retentissante.
Elon Musk, lui, a fini par monter son propre laboratoire, xAI.
En février, il l'a absorbé dans son entreprise SpaceX, elle-même valorisée à 1.250 milliards de dollars et dont l'introduction en Bourse attendue en juin pourrait devenir la plus monumentale de l'histoire du capitalisme.
- "Ralentir un concurrent" -
La juge entend trancher d'ici mi-mai trois questions soulevées par la plainte de Musk: OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle ? S'est-elle enrichie injustement ? Ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence ?
Outre un retour au statut non lucratif --qui bloquerait l'entrée en Bourse d'OpenAI--, Elon Musk réclame l'éviction de Sam Altman et de Greg Brockman, cofondateur et président d'OpenAI, ainsi que la rupture des liens avec Microsoft.
OpenAI rétorque qu'Elon Musk savait déjà en 2017 qu'un tournant commercial était inévitable pour obtenir les montants colossaux d'investissement nécessaires au développement de l'IA, et que la rupture n'a été provoquée que par son exigence de contrôle absolu.
"Cette affaire a toujours été motivée par l'ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent", a réagi l'entreprise en avril, dans une allusion sans ambiguïté au laboratoire d'IA que Musk a fondé après sa rupture avec OpenAI.
"Quoi qu'il en soit, Musk a les mains sales", estiment les avocats de Microsoft à la procédure: "C'est lui-même qui a proposé de transformer OpenAI en +public benefit corporation+, c'est-à-dire une structure à but lucratif, et il a tenté d'adosser OpenAI à sa propre société à but lucratif (Tesla)".
S'il a remporté une victoire symbolique en obtenant l'ouverture de ce procès, le patron de SpaceX aborde toutefois la procédure en position fragilisée. La juge a largement réduit le champ de ses griefs, rejetant plusieurs demandes clés de l'accusation.
Si le jury et la magistrate donnent raison au multimilliardaire sur le fond, c'est néanmoins seule que la juge décidera des conséquences juridiques, lors d'une deuxième phase du procès, prévue la semaine du 18 mai.
S.al-Qahtani--al-Hayat