Au Brésil, les candidats ont la cote: des paris aux allures de faux sondages
Pourtant interdite au Brésil, la plateforme de prédictions Polymarket s'est invitée dans la campagne électorale: certains, surtout à droite, prétendent qu'elle permet mieux de mesurer les intentions de vote que les sondages, pris en défaut au premier tour.
Les usagers de cette plateforme américaine misent sur des probabilités liées à des événements d'actualité, comme une éventuelle trêve entre la Russie et l'Ukraine.
Au Brésil, le sujet le plus en vogue est le résultat de l'élection présidentielle. Le 25 octobre, le second tour mettra aux prises le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro.
"Nous allons nous débarrasser de Lula pour toujours", a assuré sur le réseau social X l'influenceur Paulo Figueiredo, en partageant un graphique de Polymarket montrant que, selon les parieurs, le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro avait 63% de chances de gagner.
C'était le jour du premier tour, le 4 octobre, quand Flavio Bolsonaro a finalement obtenu 47% des voix, contre 45% pour Lula.
D'autres publications virales avec des graphiques accompagnés de phrases comme "Flavio Bolsonaro est monté en flèche sur Polymarket" ou "Lula a perdu" sont apparues sur les réseaux ces derniers jours.
Polymarket a dit à l'AFP que les paris effectués sur des événements via la plateforme ne constituent "ni des sondages, ni des projections officielles, ni des marques de soutien à aucune candidature".
- Des millions en jeu -
Le gouvernement Lula a interdit les plateformes de prédiction en avril, argumentant que le manque de régulation pourrait aggraver l'endettement de nombreux foyers.
L'accès à Polymarket a également été bloqué dans 38 autres pays, dont la France, l'Allemagne et le Japon.
Cela n'a pas empêché les paris sur l'élection brésilienne de dépasser les 180 millions de dollars, avec des dizaines de commentaires en portugais sur la plateforme.
Les usagers brésiliens pourraient avoir contourné l'interdit via un VPN (réseau privé virtuel).
La méthode est d'ailleurs recommandée par Eduardo Bolsonaro, frère du candidat conservateur à la présidentielle. Condamné par la justice brésilienne, cet ancien député réside aux Etats-Unis depuis 2025.
- Sondages discrédités -
Pour Bruno Mattos, coordinateur de projets au NetLab de l'Université fédérale de Rio de Janeiro, la méfiance envers les sondages peut expliquer pourquoi des internautes ont adopté les cotes de Polymarket comme un indicateur plus fiable des intentions de vote.
Lula avait été donné en tête du premier tour par plusieurs instituts, qui ont souvent sous-estimé la force du mouvement conservateur lors des dernières élections.
Mais contrairement aux sondages, qui mesurent les intentions de vote au moment où les électeurs sont interrogés, les plateformes de prédiction ne font qu'enregistrer des transactions financières, explique à l'AFP la politologue Carolina Botelho, chercheuse en neuroscience sociale à l'Institut national des sciences et technologies.
Autre différence majeure: les sondages sont basés sur des échantillons représentatifs de l'ensemble de la population, tandis que tout internaute dans le monde entier peut miser une ou plusieurs fois sur un événement sur Polymarket.
- Défi pour les autorités -
L'AFP a identifié sur les réseaux sociaux plusieurs usagers affirmant que Polymarket est plus fiable que les sondages, estimant que les parieurs ne miseraient pas massivement sur des événements représentant un risque de perte.
Face à ce phénomène, le ministère brésilien des Finances a indiqué mercredi se pencher sur l'efficacité de l'interdiction de telles plateformes et que d'autres mesures pourraient être prises prochainement.
Polymarket a déclaré à l'AFP être disposée à coopérer avec les autorités brésiliennes sur le plan technique.
L.al-Mutairi--al-Hayat